Vue générale de la cour d'entrée et de la façade du palais de l'Élysée à Paris, le 12 mars 2024 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
L'Elysée a éconduit mardi, au nom de "l'inviolabilité" des locaux de la présidence, des enquêteurs financiers venus pour une perquisition, dans le cadre d'une information judiciaire sur l'attribution de l'organisation des cérémonies d'entrée au Panthéon.
"L'accès aux services de l'Elysée n'a pas été autorisé", a déclaré, dans un communiqué, le procureur de la République financier, Pascal Prache, à l'égard de cette perquisition visant le cœur du pouvoir politique, une démarche judiciaire très rare.
La dernière perquisition en date à l'Elysée remontait à 2018, dans l'affaire Benalla, sous le premier mandat d'Emmanuel Macron.
Pascal Prache, récemment nommé chef du Parquet national financier (PNF), pose lors d'une séance photo à Paris le 28 janvier 2026 ( AFP / Joel Saget )
Selon M. Prache, les magistrats instructeurs et enquêteurs se sont vu opposer "une analyse selon laquelle l'article 67 de la Constitution emporterait l'inviolabilité des locaux rattachés à la présidence de la République".
"Des enquêteurs se sont présentés ce matin à la présidence de la République", a confirmé l'Elysée, assurant qu'il leur avait été indiqué que "les documents des agents de l'Elysée, détachables de l'activité du chef de l'Etat, et ainsi communicables, leur seraient transmis sur demande".
- Du Panthéon à Omaha Beach -
Ces "opérations de perquisition visant divers lieux, dont des services de la présidence de la République ainsi que des domiciles", ont été menées dans le cadre d'une information judiciaire ouverte début octobre pour "favoritisme, prise illégale d'intérêt, corruption et trafic d'influence", a précisé M. Prache.
Au cœur des investigations, "les conditions d'attribution de certains marchés publics relatifs à l'organisation de cérémonies de panthéonisation par le Centre des monuments nationaux (CMN)", a poursuivi le procureur, sans donner davantage de détails sur le fond du dossier.
Un portrait de Missak Manouchian sur la façade du Panthéon pendant sa panthéonisation et celle de son épouse Melinee à Paris, le 21 février 2024 ( AFP / Ludovic MARIN )
Selon Le Canard Enchaîné, qui a révélé l'affaire, les enquêteurs s'interrogent sur le choix d'une même société d'événementiel, Shortcut Events, pour organiser les cérémonies d'entrée au Panthéon des femmes et hommes illustres pendant 22 ans, jusqu'à l'hommage à Missak Manouchian en 2024.
Sollicitée par l'AFP, l'entreprise n'avait pas répondu dans l'immédiat.
Chaque panthéonisation a été facturée à l'Etat "autour de 2 millions d'euros", estime l'hebdomadaire satirique. Shortcut Events est également, toujours selon Le Canard, derrière l'organisation de plusieurs événements, comme le 80e anniversaire du Débarquement à Omaha Beach, en Normandie, en juin 2024.
"Chargée d'organiser des cérémonies de panthéonisation dès 2002, la société Shortcut Events a pleinement profité de la multiplication des hommages nationaux sous la présidence d'Emmanuel Macron en remportant systématiquement les appels d'offres", selon le journal Le Monde.
D'après le quotidien, le CMN a attribué, en 2025, la cérémonie d'entrée de Robert Badinter au Panthéon, d'une valeur de 2,4 millions d'euros, à une autre agence, Auditoire, mettant ainsi fin à la série de marchés remportés par Shortcut Events.
Selon l'article 67 de la Constitution de la Ve République, le président n'est, en règle générale, pas responsable des actes accomplis en cette qualité. Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner ni faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite.
En amont de cette information judiciaire, le Parquet national financier (PNF) avait diligenté une enquête préliminaire en décembre 2023, a par ailleurs souligné le procureur Pascal Prache.
Les investigations sont confiées à la Brigade financière et anticorruption de la police judiciaire parisienne, a-t-il ajouté.
En janvier, Pascal Prache avait dit considérer, dans un entretien à l'AFP, l'existence du PNF comme "un signe de maturité démocratique".

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